Fonctionnement du marché de l’énergie : les spécificités

Marché de l’électricité

L’électricité ne se stocke pas, ou très peu, surtout en Belgique du fait de l’absence de grandes centrales hydro-électriques (pas de barrages de retenue, seulement deux stations de pompage-turbinage).

 

Or la consommation, résidentielle ou industrielle, connaît de très grandes fluctuations, au cours de la journée et de l’année, en fonction de la température extérieure et de l’ensoleillement, et de l'activité économique. En été, la consommation belge peut descendre jusqu’à 6 GW, tandis que la consommation à la pointe du soir en hiver peut s’élever à plus de 13 GW.

 

Cela signifie que couvrir à tout moment la demande suppose de disposer de moyens de production flexibles et fiables, et ce d’autant plus que les capacités de production renouvelables intermittentes (éolien, solaire) augmentent.

 

Cette tâche très complexe, puisqu’il s’agit d’y parvenir pour un coût raisonnable, suppose de multiples anticipations macro-économiques, des ajustements court terme et des retours d’expérience systématiques. Elle a été confiée par le législateur à un gestionnaire du réseau de transport de l’électricité, Elia, afin d’éviter toute coupure d’électricité intempestive, hiver comme été. Elia assure le transport de l’électricité sur le territoire belge, depuis les producteurs d’électricité jusqu’aux gestionnaires des réseaux de distribution qui alimentent les clients finaux. Pour assurer l’équilibre global de sa zone de réglage, Elia doit veiller à la compensation des déséquilibres quart d’heure par quart d’heure.

 

Pour cela, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité fait appel à des “gestionnaires d’équilibre”, fournisseurs d’électricité capables de garantir à tout moment un ajustement entre les injections (l’électricité qu’ils produisent eux-mêmes ou achètent pour la revendre) et les prélèvements (l’électricité consommée par les clients) effectués dans leur périmètre.

 

En outre, Elia doit pouvoir disposer de réserves de puissance, à la hausse ou à la baisse, grâce auxquelles un éventuel déséquilibre pourra être compensé. Plusieurs moyens sont mobilisables pour procéder à ces ajustements :

  • le réglage primaire, activé automatiquement en moins de trente secondes ;
  • la réserve secondaire : une réserve de puissance activable rapidement et automatiquement, à la hausse et à la baisse ;
  • la réserve tertiaire de production contractée : une réserve de puissance uniquement activable à la hausse et utilisée en cas de déséquilibre négatif important ;
  • la réserve tertiaire de prélèvement contractée : une réserve de puissance uniquement activable à la baisse et utilisée en cas de déséquilibre positif important ;
  • la puissance activable à la hausse et à la baisse dans le cadre d’un contrat de flexibilité (CIPU) ;
  • des importations ou exportations d’électricité « de secours », contractées auprès des gestionnaires de réseau de transport voisins.

 

Pour les services de type réglage secondaire ou tertiaire, Elia réserve une partie des capacités de production flexibles, par l’intermédiaire d’appels d’offres hebdomadaires et mensuels (cf. Chapitre continuité de fourniture). Ces capacités sont sélectionnées sur base du prix proposé, ce qui favorise les offres les plus compétitives.     

 

Le démarrage des unités de production flexibles non réservées s’effectue en fonction des prix proposés par les différents producteurs, en commençant par les moyens de production renouvelable, puis les moins coûteux, jusqu’à ce que la demande soit satisfaite. Les centrales des pays limitrophes participent à ce marché de gros dans la limité des capacités d’interconnexion disponibles.  

 

La rentabilité des centrales alimentées en gaz naturel dépend du “clean spark spread”, c’est à dire de l’écart de prix observé entre le prix d’achat du gaz et du CO2 afférent d’une part, et le prix de l’électricité vendue sur les marchés de gros d’autre part. Les centrales thermiques non réservées pour fournir des services d’équilibrage fonctionnent seulement lorsque les prix de marché garantissent la couverture des coûts variables.

 

En tant que « responsable d’équilibre » vis-à-vis du gestionnaire de réseau, Luminus doit à tout moment injecter dans le réseau un volume d’électricité équivalent à la consommation de ses clients. Garantir l’équilibre entre la production et la consommation nécessite :

 

  • de bien estimer les profils de consommation des clients à long, moyen et court terme, pour prévoir à l’avance les moyens de couvrir ces besoins de façon optimale, du point de vue coût et fiabilité de l’énergie fournie ;
  • d’ajuster en temps réel les capacités de production flexibles (turbines à gaz, cycles combinés, cogénération…) pour compenser les variations de production renouvelable ou la défaillance d’unités de base (centrales nucléaires) ;
  • de couvrir les risques financiers liés aux fluctuations très importantes des prix de l’électricité et du gaz sur le marché de gros. Les prix sur les marchés de gros peuvent augmenter brusquement, par exemple en cas d’indisponibilités imprévues. Ou à l’inverse chuter durablement, en cas d’excès structurel de production par rapport aux besoins, ce qui réduit le revenu des producteurs.

Marché du gaz

Dans le secteur gazier, les ventes sont directement proportionnelles à la température extérieure et à l’activité économique. L’activité est donc très thermo-sensible, avec des consommations en général élevées en hiver, d’octobre à mars, et des pics de consommation très importants en cas de gel.

 

Face à ces fluctuations, la Belgique dispose de sources d’approvisionnement relativement diversifiées, mais de capacités de stockage limitées. Le prix du gaz fluctue également en fonction de la demande mondiale.


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